EXPERTI$E inc.

Video Expertise Médicale Inc.
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>> Nous sommes jeudi dernier, à Montréal, 13 h 30, manifestation devant les bureaux de l'évaluation médicale du ministère du Travail. 150, 200 manifestants en colère contre les médecins experts qui font en sorte qu'on réduit ou alors qu'on annule leurs indemnités.

Vous savez au Québec, si vous êtes victime d'un accident de la route ou d'un accident de travail, quel que soit le diagnostic de votre médecin traitant, il se peut très bien qu'il soit remis en question, vous serez peut-être même vu par plusieurs médecins de la CSST, de la SAAQ ou encore du BEM, qui vont réévaluer combien vous valez en quelque sorte.

Évidemment, c'est prudent par les temps qui courent d'éviter les abus, l'État doit, bien sûr, surveiller ses dépenses, contrôler ses dépenses. Mais il semble que quelques médecins seulement profitent de cette manne de l'expertise médicale.

C'est comme si la CSST, la SAAQ avaient leurs chouchous ou en tout cas qu'elles écartaient les diagnostics qui ne font pas leur affaire.

>> Cet homme, qui vient de provoquer les policiers pour se faire abattre, a d'abord tenté de se pendre. C'est un travailleur accidenté, découragé.

Cette femme qui fait la grève de la faim est une accidentée de la route qui porte ses démêlés sur la place publique.

Derrière ces faits divers, il y a des drames personnels qui ne sont pas l'effet du hasard. Jean Godbout s'est blessé au travail, il y a 3 ans. Il en veut au médecin expert qui l'a déclaré guéri et retourné au travail. Il le poursuit au Collège des médecins.

>> Moi, je juge que le médecin du BEM, s'il continue a faire des diagnostics qui n'ont pas d'allure comme il m'a fait, il risque l'intégrité physique de d'autres personnes, donc il faut absolument mettre un frein a ça.

>> Et qu'est-ce qu'il vous a fait a vous?

>> Il a émis un mauvais diagnostic, sans atteinte permanente, sans limitation fonctionnelle, sans besoin de soins, alors que j'avais besoin d'une opération, j'étais atteint d'une triple hernie discale. J'ai été obligé de retourner a mon travail et, comme j'étais machiniste, j'avais des poids de plus de 100 livres à soulever, alors ça a fait une lésion neurologique irréversible.

Et là j'ai ça pour le reste de ma vie.

>> C'est dans un atelier semblable que travaillait Jean Godbout. Son patron nous a dit que c'était un de ses meilleurs machinistes. Il veut par contre rester anonyme, il craint les contrôles tatillons de la CSST.

Pour usiner, Jean a du soulever ces poids alors qu'il était blessé au dos. L'irréparable s'est produit.

>> Nous rencontrons Jean Godbout qui a construit lui-même son environnement.

>> Son talent de bricoleur a fait l'objet d'une émission télévisée.

>> Des avions, j'en ai fait 5 avions.

>> Avions, voitures, maisons, meubles, rien n'était impossible.

>> Fini ça?

>> Fini.

>> Ça ressemble à quoi vos journées maintenant?

>> Je veux dire je me lève, au réveil, la douleur y est a son niveau le plus fort, fait que là je n'ai comme pas le choix, c'est le café, puis on attend une heure ou deux pour que ça se dissipe un petit peu.

Puis, c'est un peu de télé, un peu de lit, j'ai beaucoup de visite chez des médecins, des occupations reliées à l'accident, des rencontres avec des conseillers, des avocats, les journées se passent comme ça.
>> C'était un gars qui avait plein de projets, puis il aimait beaucoup travailler de ses mains, à construire, il n'était pas capable de rester cinq minutes assis, il fallait tout le temps qu'il bouge, qu'il fasse quelque chose, qu'il ait plein de projets. Là, c'est spécial de le voir assis, puis coucher des journées de temps.

>> Aujourd'hui, avez-vous de la douleur en ce moment?

>> Oui.

>> Oui, dans le dos.

Dr. RÉJEAN VANIER, médecin traitant
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Dans ma tête à moi, il était certain que M. Godbout, au moment où le Docteur Roy l'a évaluée, ne pouvait pas, d'aucune façon, retourner à son travail ultérieur de machiniste, qui lui demandait d'exercer et de fournir des efforts, objectivés ceux-là, dont on était certain que ça variait entre 50, et 100, 110 livres, c'est beaucoup.

Vous vous penchez vers l'avant jusqu'à temps que vous ressentiez de la douleur.

>> Il y en a déjà là.

>> Déjà.

>> Le médecin de la CSST disait le contraire de son médecin traitant, c'est pour ça que Jean Godbout a été examiné par un médecin-arbitre du Bureau d'évaluation médicale, bureau qui relève du ministère du Travail. J'aimerais ça que vous preniez connaissance de ça, c'est un fichier du Bureau d'évaluation médicale que M. Godbout a obtenu au Collège des médecins.

>> C'est que ici, mon diagnostic, il ne mentionne, l'agent de la CSST, que j'aurais mis un diagnostic comme entorse lombaire. Mais j'ai toujours mis, moi, quand j'émettais mon diagnostic, sur hernie discale double, sur 2 hernies discales présentes ou bon.

>> Ce qui est beaucoup plus grave qu'une entorse lombaire.

>> Ah! bien oui.

>> Et puis, ça ne se retrouve pas là?

>> Non.
>> En transcrivant le diagnostic du médecin traitant à l'intention du médecin arbitre, la mention hernie disparaît. Le médecin expert a déclaré Jean Godbout guéri et apte au travail, Jean a plutôt pris le chemin de la salle d'opération. L'expertise médicale lui a laissé un goût amer.

>> Je me suis senti traité comme si j'étais un "fakeux" ou un paresseux qui voulait profiter du système. Ça, c'est le "feeling" que j'ai eu. Entre autres, il me demande si je porte le corset lombaire qui m'a été prescrit, je lui répond: "Docteur, je passe 18 heures par jour dans mon lit. Je n'ai pas besoin de corset lombaire dans mon lit."

Alors, il a écrit dans son rapport que le patient ne porte pas son corset lombaire qui lui a été prescrit. Alors là, il y a une déformation de la vérité que je trouve injuste.

>> Le retourner ainsi au travail n'a pas permis d'économiser. Jean Godbout s'est reblessé. Il a subi de nombreux tests médicaux, a été opéré par un neurochirurgien, reçu de nouvelles prestations de la CSST et suit un coûteux programme de réadaptation.

>> Ah!, il y en a 50 visites qui sont déjà faites. (Plus de 100 en l'an 2000...)

>> Pas pour le soigner, mais pour l'expertiser et le contre-expertiser. Jean Godbout n'est pas un cas d'espèce. Sans grand effort, nous avons trouvé bien d'autres accidentés qui ont accumulé les expertises médicales.

LINDA CALUORI

>> J'ai trouvé ça épouvantable. Qu'on joue avec moi, qu'on me dise que je n'avais rien, qu'on me dise que je n'avais pas mal. J'ai trouvé ça, j'aurais voulu passer ma douleur à ces gens-là, pour qu'ils comprennent un peu qu'est-ce que c'est.

MARYSE DUPRÉ

>> Les médecins se relancent la balle toujours, puis qui ne reconnaissent pas et qui font des diagnostics comme en l'air.

JEAN-MARC LÉONARD

>> Il y a 2 sortes de médecins : les médecins de la CSST et ton médecin. Ils passent leur temps à s'obstiner. D'après moi et mon médecin, je ne suis pas capable d'aller travailler, mais pour eux autres, je suis capable.

FRANCINE BELEC

>> Il ne voulait rien savoir de lui. On l'a lancé comme une balle partout, ça été un yo-yo, vraiment un yo-yo.

>> Le mari de Mme Bélec, un chauffeur d'autobus victime de 2 accidents, a été vu par 19 médecins.

Linda Caluori, une enseignante qui s'est brisée des vertèbres en tombant dans la cour d'école, 10 médecins.

Maryse Dupré, emballeuse de poulets est rendue à 7.

Jean-Marc Léonard, un chauffeur de camions, 17 médecins.

>> Pourquoi 19, 20 médecins?

ME MICHEL CYR, avocat

>> Eh bien, 19, 20 médecins à cause du nombre de contestations, à cause du nombre de réclamations, à cause du nombre de refus, à cause du nombre de traitements, de suivis, de l'incapacité, des rapports a produire, donc ça devient très lourd.

>> Michel Cyr est un avocat spécialisé dans la défense des accidentés du travail ou de la route. Demander une indemnité, c'est souvent entreprendre un long processus de confrontation. Tout peut-être contesté et chaque contestation nécessite une expertise et une contre-expertise. Cette façon de procéder a fait naître une nouvelle industrie : l'expertise médicale, Expertise inc.

Voici les chiffres que nous avons trouvé. En 1994, la CSST a commandé 9000 évaluations médicales. Le coût : 2,4 millions $. Le Bureau d'évaluation médicale, 8100. Honoraires versés aux médecins, 2,5 millions $, pris à même les données publiques.

La Société d'assurance automobile du Québec a fait faire 11 300 évaluations, 3,9 millions $. En une seule année, ces 3 organismes ont demandés 28 400 évaluations médicales. Facture : 8,8 millions $. Pas pour soigner, pour expertiser, c'est-à-dire vérifier si l'accidenté et son médecin traitant disent vrai et ce n'est que la pointe de l'iceberg.
>> C'est une avenue très payante pour bien du monde.

>> Le chirurgien-orthopédiste, Georges Leclerc, est parmi les médecins qui en font le plus.

>> J'en fais moins pour des raisons personnelles, mais j'en fais encore puis, ce n'est pas un problème. Quelqu'un qui veut en faire, qui a une bonne réputation, qui a de l'expertise entre guillemets, il y a du travail.

>> Des expertises médicales, il s'en fait beaucoup, beaucoup plus au privé, pour les employeurs, les compagnies d'assurances et aussi les travailleurs qui préparent leur défense. Expertise inc. a le vent dans les voiles. Seulement au Bureau d'évaluation médicale, le nombre d'expertises a triplé en 10 ans.

>> C'est payant. C'est certain que c'est payant. Au taux horaire, c'est beaucoup plus payant faire de l'expertise que de faire de la chirurgie.

>> Pourquoi c'est toujours les mêmes médecins qu'on retrouve autant à la Société d'assurance automobile, que la Régie des rentes du Québec et la CSST et tous ces organismes, pourquoi?

Je n'ai pas plus de réponse que vous.

>> Vous devez en avoir une?

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>> Une expertise pour un de ces organismes rapporte 300 $ en moyenne. Au privé, ça peut aller jusqu'a 2000 $. Et ce n'est pas comptabilisé dans le plafond des revenus imposés aux médecins spécialistes.

>> Et il y a des nouveaux la, c'est ce que j'avais écrit, les autres, ceux qui commencent à en faire beaucoup.

>> La manne de l'expertise ne profite pas a tous. Même les avocats spécialisés dans ce domaine ont été surpris des chiffres que nous avons trouvés.

Par exemple, l'an dernier au Bureau d'évaluation médicale, 5 médecins ont fait a eux seuls, le quart de toutes les expertises.

Bon an mal an, 10 % des médecins inscrits à ce bureau font plus de la moitié des évaluations.

Les orthopédistes sont les étoiles. L'an dernier, ils ont fait 87 % des évaluations et 10 médecins les plus actifs dans Expertise inc. sont tous orthopédistes.

ME JEAN MERCURE, avocat

>> Tous nos amis ça. On travaille tous pour des employeurs, il n'y en a pas. Nous, on a toujours, toujours de la difficulté a en avoir un qui a un préjugé favorable, qui est prêt à regarder un cas. Ils sont tous engagés, soit par la Société d'assurance automobile, d'ailleurs, tous ceux-là, ce sont tous des orthopédistes, on ne peut pas les avoir ces gens-là.

>> Même son de cloche au cabinet de Me Cyr.

>> Ce sont toujours les mêmes médecins que l'on retrouve et que les gens nous apportent les expertises et on se rend bien compte que lorsque nous en appelons des décisions rendues suite à ces expertises, qui sont faites souvent bien rapidement, on arrive à obtenir gain de cause.

>> Huit fois sur 10, les avocats obtiennent gain de cause. Huit fois sur 10, l'expertise du BEM est donc invalidée. Mais il faut aller en appel, hors la majorité des accidentés ne le fait pas.

D'après Me Cyr, la CSST mise la-dessus pour économiser.

>> C'est aussi un outil de gestion qui est utilisé, de contester systématiquement certaines catégories d'individus par exemple, ou dans certains dossiers qui fait qu'on se dit : "plusieurs ne contesteront pas, abandonneront en cours de route."

>> Et lorsqu'une personne décide d'aller jusqu'au bout, on peut parler de plusieurs années, dans certains cas on peut parler de 2 a 3 ans. Et dans certains autres cas, ça peut-être beaucoup plus puisqu'il y a des questions de rechute ou de récidive. Une personne qui veut avoir un point final à son dossier, c'est relativement long.

>> Ça prend de l'argent aussi?

>> Effectivement, ça prend de l'argent, vous savez que les expertises médicales, c'est quand même assez coûteux.

>> Mais il doit en avoir quand même des fraudeurs?

>> Des fraudeurs, il doit y en avoir comme dans tout autre système. Moi, je vous dirais que j'en ai rarement vu, plus souvent qu'autrement ce qui va se passer, c'est qu'on va avoir fait une expertise et on va voir que la personne n'a rien. Si la personne n'a rien, qu'elle doit engager des frais d'avocat, des frais d'expert, elle va y penser 2 fois avant de continuer le processus.

DR ALBERT GAUDET, orthopédiste

>> Un bonhomme qui a eu plusieurs expertises, devient habile, lui est difficile.

D'après les bouquins, la douleur ne constitue pas une incapacité.

>> Oui.

>> Oui, c'est ça. Quand il y a des gens qui sont vraiment habiles la-dedans.

>> Albert Gaudet est un des champions d'Expertise inc. depuis plusieurs années. L'an dernier, il a fait 387 expertises pour le Bureau d'évaluation médicale, le BEM, plus un nombre indéterminé pour la Société d'assurance automobile et la CSST.

Georges Leclerc en a effectué 289 pour le BEM. Il a aussi été actif pour le compte de la Société d'assurance automobile, de la CSST et pour les employeurs. Mais le grand gagnant a été Hany Daoud qui en a fait 536, en plus de son travail en clinique et des opérations.

Il n'a pas voulu nous donner d'entrevue. Le docteur Gaudet, lui, nous a reçu. Il n'opère plus depuis 3 ans, mais comme il veut rester actif, malgré ses 73 ans, il fait des expertises. Est-ce que vraiment on peut avoir mal au dos et ne plus pouvoir travailler, ne plus pouvoir fonctionner.

>> D'après les bouquins, la douleur ne constitue pas une incapacité.

>> Mais d'après vous?

>> D'après moi, pour moi, non.

Parce que moi, quand j'ai mal dans le dos, je continue de travailler. C'est que c'est subjectif, ça part du dos, ça s'en va dans l'épaule, ça se dirige dans le cou et ça finit au coude. Bien, minute là. Ça peut-être fait ça, mais est-ce que c'est dû à l'accident? Ça, je ne le sais pas. On peut se faire mal entre-temps, comprenez-vous, ça je ne nie pas. On a, nous, à se prononcer sur l'accident qui est survenu à telle date.

>> Uniquement en expertise pour le BEM, le docteur Gaudet a fait un million $ minimum, en 10 ans. Après des mois d'insistance de notre part, le directeur du BEM a accepté de nous rencontrer. Il défend la concentration des expertises aux mains d'une poignée de médecins.

ERROL DUBREUIL

Directeur du BÉM

>> J'aime mieux quelqu'un qui en fait 500 que quelqu'un qui en fait 20 par année. Parce qu'a 20 par année, l'expertise, le médico-légal qui arrive après, les avocats, c'est à reprendre. Comment on motive un avis, qu'est-ce qu'on met dedans? Est-ce qu'on couvre tous les points de la loi. Celui qui en fait 500, la loi, il la connaît par coeur, il connaît toutes les expertises, il sait tout.

>> Ce savoir-là, le directeur du BEM n'a pas voulu que les médecins le partagent avec nous directement. Il a invité les médecins à ne pas nous parler.

>> Lorsqu'ils sont engagés au Bureau d'évaluation médicale, ils deviennent des fonctionnaires pigistes. Dans le cadre de l'application d'une loi et telle que les choses marchent, c'est le ministre qui répond de l'application de la loi présentement, c'est de même.

>> Donc vous dites que vous avez suggéré qu'effectivement, ils ne nous rencontrent pas.

>> Oui.

>> Le docteur Gaudet se sent menacé.

>> On ne m'engueulera pas comme tel, vous savez, il y a d'autres moyens.

>> Comme vous faire perdre?

>> Oui, ben dire, bien la, on a beaucoup moins d'ouvrage, effectivement, nous autres, on est soumis a une renomination annuellement, sans préavis, sans motifs, sans rien. Ils peuvent très bien vous dire une journée, ça ne fait pas l'affaire.

>> La Société d'assurance automobile du Québec utilise la même méthode. Le neurologue, Pierre-Paul Noiseux, en a fait les frais.

>> Parce que j'ai probablement eu avec eux des conflits d'opinion. J'ai donné mon opinion sur des dossiers qui n'étaient pas vus de la même façon par les gens de la SAAQ.
Et on nous donnait aussi des façons d'évaluer les patients, on nous donnait des scores, on nous donnait des lignes de conduite à suivre. Et puis moi, je n'étais pas d'accord avec ça. Alors j'ai dit : "Écoutez, laissez-moi faire mon boulot, je le connais, j'ai étudié assez longtemps et puis je vais vous envoyer un rapport honnête et objectif.

Et si, ça ne fait pas votre affaire, ça ne tombe pas dans vos cordes de violon, c'est bien de valeur, c'est comme ça."

>> Il n'est pas le seul. Nous avons parlé a plusieurs médecins qui n'osent pas le dire à la caméra, d'autres le disent a demi-mot.

DR MARCEL MORAND, physiatre
>> C'est évident que moi, comme physiatre, qui depuis environ une dizaine d'années fait de la représentation, peut-être une fois par semaine, ça me conduit à avoir une certaine teinte pour les travailleurs et au niveau du Bureau d'évaluation médicale, ça les gêne un peu. Autant, on devrait faire la même chose avec les pro-employeurs, là je pense, qu'ils sont un peu moins gênés de ce coté-là.

>> Même les avocats hésitent à en parler.

>> On a rencontré des médecins qui nous ont dit ne plus recevoir de clients, que ce soit de la CSST, que ce soit du Bureau d'évaluation médicale ou de la SAAQ, ils disent : "On ne donnait pas le bon, enfin nous on considère ça comme ça, on ne donne pas le bon diagnostic, ils nous envoient plus personne."

Vous avez vu ça aussi?

>> Là, il y a un gros problème.

>> Vous n'êtes pas médecin?

>> Non, ce n'est pas ça, c'est que si vous tournez toujours, il serait peut-être préférable d'arrêter, que j'explique ça.

>> Il faudrait peut-être questionner ceux qui passent les contrats à ces médecins-là. Pourquoi qu'on choisit ces gens-là? Pourquoi on ne choisit pas certains autres médecins. Pourquoi c'est toujours les mêmes médecins qu'on retrouve autant à la Société d'assurance automobile, à la Régie des rentes du Québec et la CSST et tous ces organismes-là? Pourquoi? Je n'ai pas plus de réponse que vous.

>> Vous devez en avoir une?

Puisque vous êtes dans le dossier, vous devez en avoir une?

>> Non, je n'en n'ai pas.

>> L'Institut de réadaptation de Montréal, là ou Lucien Bouchard, notre premier ministre, a été traité après son amputation. Un hôpital et un personnel dont la réputation n'est plus à faire. Le docteur Pierre Plante, reconnu pour ses soins auprès des handicapés lourds, a aussi été écarté.

>> Alors, je ne comprends pas qu'à la fois, quand on est expert du coté de l'organisme, on peut être génial, extraordinaire et que dans un autre dossier, sur la même pathologie, on peut être du type "morron". Alors, c'est une chose qui m'est difficile de comprendre.

>> Le docteur Plante critique sévèrement ce système qui oblige à la confrontation et à la surenchère des expertises.

>> C'est souvent catastrophique. Le travailleur devient déprimé, il se chicane avec son conjoint, ça ne marche plus sur le plan sexuel, ça ne marche plus, pour s'adonner tous les jours, ils deviennent un sale caractère ou ils sont déprimés a fond. L'individu est détruit progressivement, il finit sur le bien-être social, c'est l'aide juridique qui paie l'expertise. Alors on voit que ça coûte une fortune et puis une fois qu'il a gagné, 5 ans plus tard, à la Commission d'appel ou en cour, ou à la Commission des affaires sociales la, essayer de refaire une personne qui est détruite. Alors certains ne s'en relèveront jamais et ils vont rester indéfiniment sur l'indemnisation.

>> En dépit des problèmes de douleur, en plus de ça,
ils ont été victimes d'un accident, ils sont victimes d'administration et victimes dans leur vie sociale, personnelle, leur entourage, finalement dans leur vie de couple et ils se retrouvent souvent en situation de tentatives de suicide et de suicides réussis.

>> Pour le conjoint de Mme Bélec, 10 ans de vie ont passé en démarche, de refus en contestation a la suite de 2 accidents.

>> Le petit là, quelqu'un qui est petit là, même du bien-être social si vous voulez, n'est pas capable. Un petit ne peut pas se défendre contre ces gens-là, jamais, jamais, jamais.

>> Il n'a pas l'argent.

>> Non.

>> Ça prend beaucoup d'argent?

>> Beaucoup d'argent. Beaucoup.

>> Vous savez combien votre mari a pu dépenser?

>> Une fortune.

>> Ah! oui!

>> Une fortune.

>> Ah! oui!  On ne fait pas un chèque a un médecin. On s'en va pas passer une expertise avec un chèque, ça prend du comptant. On a eu des années, des années de misère, on n'a pas vécu nous autres, on a existé. Il faut pas attendre d'avoir ça.

>> Mon Dieu, c'est la lettre qu'il vous a laissée.

>> Je suis fatigué dans mon corps et dans ma tête. Je suis seul responsable de la décision que j'ai prise. Personne ne doit se faire aucun reproche. Pardonnez-moi. Adieu.

>> La CSST vient de lui donner raison, mais trop tard.

>> Ça a pris des années. Ça, ce sont des années puis aujourd'hui, il n'y a plus rien qui lui fait mal, il est en poussière, ça fait 3 ans aujourd'hui, jour pour jour, le 15 de mai, que je l'ai mis en terre, dans sa petite urne, OK, aujourd'hui.

>> J'ai même dit à l'avocat, quand je suis allée le rencontrer, que je n'avais pas beaucoup de sous, mais que j'allais trouver les moyens, que je voulais absolument aller jusqu'au bout et que je ne voulais pas donner raison, si je peux dire franchement, je ne voulais pas donner raison aux gens qui m'ont dit que je n'avais rien.

>> Le pire, c'est que tout ça s'est déjà connu et dénoncé. Le docteur Bergeron, chef du département de physiatrie de l'hôpital Notre-Dame à Montréal, a consacré, avec d'autres, un an de travail à la réforme de la CSST. Le rapport dénonçait la confrontation, la surenchère des expertises et le coût social exagéré.

>> Tout ce système-là fait en sorte qu'on s'éloigne beaucoup, si vous voulez, du patient. Le système d'expertise autant que le système d'évaluation par les tribunaux administratifs font en sorte que le patient, dès que le patient, si vous voulez, n'est plus autorisé a poursuivre son traitement, en fait les frais a tous égards, autant au niveau de la disponibilité de soin que l'indemnité de remplacement du revenu.

>> Le groupe de travail suggérait l'abolition pure et simple du BEM et de maintenir le rôle du médecin du travailleur.

>> Vous dites 25 des 27 associations étaient d'accord?
>> En fait 26, il y avait une association qui n'était pas d'accord, c'était l'Association des orthopédistes. Toutes ces recommandations-là finalement ont été un peu "tablettées", si vous voulez, pour toutes sortes de raisons.

Ça été un moment donné, on a pensé de l'inclure dans la réforme générale des tribunaux administratifs et actuellement, on ne sait pas trop, trop ou s'en est rendu. ça fait 2 ans que le rapport a été déposé.

>> Qu'est-ce qui a été le plus difficile a accepter dans toutes ces démarches-la, toutes ces années de démarche-là?

>> Qu'on ne me prenne pas au sérieux. Parce que le groupe de travail, qui a beaucoup donné et puis ne s'est jamais absenté et tout a coup, je souffrais et je demandais qu'on me croit et puis il n'y a personne qui me prenait au sérieux. Même que j'en étais à me demander si ce n'était pas psychosomatique, moi-même, à me demander si je n'imaginais pas.

>> Linda Caluori a eu de la chance, elle a trouvé un spécialiste qui l'a crue, elle a été opérée et finalement indemnisée. Pour une personne qui persiste, combien se trouvent démunies, réduites a l'aide sociale.

>> Après 3 ans, je n'ai aucun traitement. Je n'ai pas de voiture, tous les spécialistes sont à Montréal, je n'ai pas de voiture pour me déplacer.

>> C'est un cercle vicieux, elle n'a pas droit a des traitements pour son cou et son épaule parce que le médecin-arbitre, le docteur Gaudet en l'occurrence, l'a déclarée guérie. Mais son employeur, lui, ne le voit pas du même oeil. Sans travail, sans le sou et sans assurance, Maryse ne peut se payer elle-même la physiothérapie, ni toutes les contre-expertises médicales nécessaires pour se défendre.

>> Si j'avais les moyens de me payer les traitements puis de retourner au travail, je le ferais, parce que ce n'est pas sur l'aide sociale que je vais faire ma vie.

>> Je pense que c'est une mentalité pourrie, complètement pourrie. Au lieu d'essayer d'arriver à la justice et a la vérité, on essaie de gagner.

>> Si on avait traité M. Godbout autrement, administrativement et médicalement là, lors de son premier accident de travail, est-ce qu'il serait machiniste aujourd'hui?

>> Oui, j'ose le croire qui pourrait l'être avec peut-être certaines restrictions minimes en terme de gros poids.

>> Il suffit d'un accident bête, imprévu et tout chavire, surtout lorsque le diagnostic du médecin traitant est contesté.

>> Ça n'a pas d'allure maltraiter des gens comme ça. Moi, j'estime que l'intégrité physique d'une personne, c'est intouchable, inviolable, on ne peut pas, pour les besoins de sauver quelques dollars, de rendre les personnes handicapées.

>> Je suis tannée, je suis tannée d'avoir mal puis personne ne me croit.

>> Tout s'est écroulé. Tous mes projets d'avenir ne tiennent plus. Là, c'est la panique dans le sens, qu'est-ce qui va arriver de moi? Comment je vais faire pour gagner ma vie?

>> Ils disent que la vie commence a 40 ans, mais je pense que pour nous, ça vient de s'éteindre a 40 ans.

>> Expertise inc. vie bien de cette confrontation, mais pas l'accidenté.

>> Jean Godbout qu'on vient de voir dans le reportage continue ses démarches, il doit d'ailleurs comparaître bientôt devant la Commission d'appel de la CSST. Entre-temps, il a reçu une mauvaise nouvelle cette semaine, il avait aussi porté plainte devant le Collège des médecins contre le médecin expert qui l'avait évalué, examiné a l'époque, il a perdu.

Le Collège des médecins juge que ce médecin en question avait fait son travail selon les règles de l'art sans toutefois porter aucun jugement sur son diagnostic.

FIN

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Un gros MERCI à Gilles FORCIER pour sa contribution à la réalisation de cette page,
sans qui cette page n'existerait pas.